Sunday, December 11, 2005

Entretien avec Orlan



Orlan nous parle ici de sa « performance ». Ses motivations, ses approches, ses résultats. Bilan positif : tout va mieux dans sa vie aujourd'hui.
Une confession sans fard.

Ce qui m'intéresse, c'est que je suis la première à le faire. Au niveau Art plastique, notre territoire, c'est vraiment très difficile de trouver quelqu'un ou quelque chose que personne n'a fait. Là, je suis sûre que personne n'a fait ce que je suis en train de faire. Toute ma vie, j'ai travaillé sur mon corps, sur mon identité. J'aimais beaucoup mon image, j'ai fait beaucoup de très belles photos de Madone, de Vierge, j'ai travaillé sur l'iconographie religieuse. Un jour, j'ai décidé de changer de référence et de « chantier ». De l'iconographie religieuse, j'ai eu envie de penser à la mythologie, de créer une nouvelle image pour faire de nouvelles images.

TOURNER UNE PAGE

En fait, c'est venu à partir de la proposition où, pour un festival, on m'a demandé de faire un projet pour les années 90. Il se trouve que ce festival se terminait pour mon anniversaire qui, en se montrant très optimiste ou très pessimiste, se situe à la moitié de ma vie. J'ai eu envie de faire quelque chose de très radical pour moimême ou au-delà de moi-même et donc de tourner une page pour faire des choses très fortes. Cette grossesse extra-utérine, quand elle s'est déclarée, j'ai eu le temps d'imposer une péridurale et de mettre la photo et la vidéo dans le bloc opératoire et de pouvoir diriger cela dans le bloc. J'ai tiré des photos là-dessus, c'était dans les années 77-78 et je n'y étais jamais revenue. Je n'avais pas fait autre chose à partir de la chirurgie, mais ce moment de l'acte restait fantastique, très théâtral, très ritualisé : la lumière, les champs, le chirurgien Dieu le père, les gens autour. Un moment très fort, avec une prise de risque, un corps qui a certain problème et qui va avoir perdu ou gagné à la suite de cela.

UNE PERFORMANCE DU XXIe SIÈCLE

J'ai voulu faire de cette performance, en contre-point avec ce qui se passait dans les années 90 au niveau Art, à tous les autres niveaux ; perte de l'idéologie, des artistes adaptés ou suradaptés au marché. Le marché du milieu artistique n'étant plus qu'un endroit de « business ». J'émergeais à cette époque-là où l'Art avait une grande prise sur le social, le politique, l'idéologie, manipulant les concepts et en même temps avait des artistes très engagés, très investis. J'ai toujours refusé d'agir comme certains performeurs, de passer à tout pour que « ça » vende. J'ai repris tous les ingrédients pour essayer de faire une performance XXIe siècle plutôt qu'une performance années 70.
J'ai essayé de voir ce qui était précurseur et tout ce qui tournait autour du corps, ce corps en transit, entre les manipulations génétiques et l'évolution de la chirurgie esthétique. On peut très bien avoir le corps qui nous est donné par Dieu et le remodeler sans que le Diable et sans que le ciel nous tombent sur la tête. Ce n'est qu'une tentative de rupture impossible avec l'ordre génétique, avec l'A.D.N. chargée de notre représentation, qui, bien sûr, ne modifie rien. Si j'ai un enfant demain, il sera ce qu'est le père et ce que je suis.
L'A.D.N., notre principal rival, en tant qu'artiste plasticien, c'est une bagarre avec l'inexorable, le programmé, la nature. C'est se taper la tête contre les murs, c'est un combat perdu d'avance. Oser le faire, c'est gagner quelque chose, d'abord pour soi, et aussi pour les autres, dans le « Non Subir », l'exercice de la liberté et son libre arbitre.
Pour une femme, c'est d'autant plus important que notre corps commence à nous appartenir. Toute la liberté qu'on a pu acquérir, elle s'exprime là également, on peut se faire « tirer », on peut le faire sans en avoir honte, comme on va chez le coiffeur se faire teindre les cheveux quand ils sont blancs. C'est entré dans les murs. Beaucoup d'amis ont essayé de m'empêcher de faire cette performance en m'en montrant tous les diables, les morts, les ratages. Maintenant, ils vont chez les esthéticiens ! Ça fait peur mais ça s'intègre.

DES OPÉRATIONS PAR PETITES TOUCHES

Lorsque j'ai eu cette idée, elle m'a fait très peur aussi. Si je n'avais pas eu peur, j'aurais été inconsciente. J'ai essayé de mettre autour de moi des garde-corps, des garde-fous, je prends toutes les précautions en allant très très lentement malgré la pression de l'audience. Je fais des opérations les unes après les autres, par petites touches, ce qui me permet de m'habituer à mon nouveau visage, et ceux qui sont autour de moi aussi. Les gens qui me voient tous les jours s'en rendent à peine compte. Ceux qui ne m'ont pas vue depuis longtemps ne me reconnaissent pas, c'est tout.
Une prothèse au menton, ridiculement petite, je dois recevoir une prothèse que je vais faire faire en Italie qui est le menton de la naissance de la Vénus de Botticelli, avec un menton très long, très en avant avec une grosse fossette, qui est ratée, pas au point. La bouche a été remodelée, le nez a été très peu touché, j'ai mon nez d'origine, normal, le nez que demandent toutes les femmes qui se font faire de la chirurgie esthétique. On va me faire le nez de Psyché qui est un nez long et droit, un nez plus masculin qui a tendance à rapprocher les yeux. Des transferts de graisse augmentent les volumes. On fait ainsi des avancées pour voir comment le corps réagit, comment je réagis aussi.

STRIP-TEASE, SANG ET RAP...

Je paie les chirurgiens en oeuvre d'art. Il me faut des vidéastes, du matériel, du cinéma, des accessoires, des transports, cela me revient très cher. C'est comme si je montais une pièce de théâtre. J'essaie que ce soit une aventure la moins masochiste possible, la plus sereine possible.
Dans une opération, par exemple, il y avait un Noir qui se strip-teasait et qui dansait dans le bloc opératoire du sang, du rap. Dans une autre, avec Paco Rabane, c'était un autre décor. On prend énormément de risques au niveau de l'aseptie. Si on prend comme référence une pièce de théâtre, cela paraît simple. Dans un bloc, c'est infiniment plus compliqué.
Dans d'autres interventions, je lis des textes d'Eugénie Lemoine-Luccioni qui a écrit sur moi un extrait psychanalytique lacanien intitulé La Robe, qui dit, en synthétisant : « La peau est décevante, il y a maldonne dans les rapports humains, dans la vie on n'a que sa peau ; on a une peau de crocodile on est un toutou, une peau d'homme on est une femme, une peau de Noir on est un Blanc, etc. ». Mon idée est de jouer sur cet écart en le réduisant. Mon problème est un problème contemporain, de communication, de dire que l'extérieur correspond à un logos qui dirait très vite et clairement ce que l'on veut et viser quelque chose de précis à travers la relation qu'on veut avoir avec l'autre.

UN TRANSSEXUALISME FEMME / FEMME

Dans le même esprit, je veux me faire une renommée. J'étais quelqu'un de très tendre, très fragile, à qui on avait toujours fait peur, à qui on achetait des pantoufles et des pyjamas. Je n'étais pas douée pour ce que je suis en train de faire donc je me suis forgée une espèce de carapace, une suite de personnages très violents, très forts, agressifs.
Avec une sensualité dite au premier degré, qui m'a énormément servie, avec laquelle je me suis propulsée,
sans laquelle je n'aurais pu vivre dans ce monde. Mais au regard de cette quarantaine, d'une analyse, de réalisations artistiques, cela ne me sert plus à rien et entretient des malentendus avec les gens que je rencontre. Alors l'idée d'une espèce de transsexualisme femme/femme, c'est-à-dire de pouvoir à nouveau montrer de la sensibilité, de la vulnérabilité, de la fragilité, de la tendresse, choses qui étaient anéanties, redevient possible. Je suis en train de faire un autoportrait psychologique, que j'affiche, que je mets en forme. Pour le moment, il se passe des choses extraordinaires pour moi. Je suis sereine, tout va bien dans ma vie, tout va mieux.
Le marché est compliqué, j'ai une reconnaissance intellectuelle, beaucoup de gens qui s'intéressent et qui me soutiennent, qui voient dans une trajectoire un aboutissement.

JE NE FAIS PLUS RIEN SANS ÊTRE PAYÉE

Au niveau financier, c'est la galère terrible. Cet atelier me coûte très cher, je n'arrive pas à payer. Pourtant j'ai mis 40 ans à dire que je valais quelque chose et à annoncer le prix. En fait, avec cette performance, je ne fais plus rien sans être payée. Je sers la soupe de tas de journaux complètement cons, qui ne rapportent pas mes véritables propos mais les réduisent à rien.
Je ne veux plus faire le bouffon pour rien. Ça ne fait pas sérieux dans le milieu si ça ne m'amuse pas, cela me dessert. Ça marche partout, c'est une aventure qui va de l'avant. A présent je trouve des sponsors. Ça me sert. J'arrive à faire ce qu'il faut pour bien vivre, sans que ça rembourse mes dettes. Cela change ma vie. C'est « Fun » la vie.
Quant au rapport à la douleur, c'est une aventure dite masochiste, l'attaque du corps, la douleur. Je n'aime pas souffrir, je souffre moins chez mon chirurgien que chez mon coiffeur. Pour moi, les angoisses liées aux opérations sont branchées sur les détails techniques.

Propos adaptés par
MAURICE MALLET
Co-rédacteur en chef de VST sep/déc 1991

2 Comments:

At 12:47 AM, Blogger philbrinick22127340 said...

Make no mistake: Our mission at Tip Top Equities is to sift through the thousands of underperforming companies out there to find the golden needle in the haystack. A stock worthy of your investment. A stock with the potential for big returns. More often than not, the stocks we profile show a significant increase in stock price, sometimes in days, not months or years. We have come across what we feel is one of those rare deals that the public has not heard about yet. Read on to find out more.

Nano Superlattice Technology Inc. (OTCBB Symbol: NSLT) is a nanotechnology company engaged in the coating of tools and components with nano structured PVD coatings for high-tech industries.

Nano utilizes Arc Bond Sputtering and Superlattice technology to apply multi-layers of super-hard elemental coatings on an array of precision products to achieve a variety of physical properties. The application of the coating on industrial products is designed to change their physical properties, improving a product's durability, resistance, chemical and physical characteristics as well as performance. Nano's super-hard alloy coating materials were especially developed for printed circuit board drills in response to special market requirements

The cutting of circuit boards causes severe wear on the cutting edge of drills and routers. With the increased miniaturization of personal electronics devices the dimensions of holes and cut aways are currently less than 0.2 mm. Nano coats tools with an ultra thin coating (only a few nanometers in thickness) of nitrides which can have a hardness of up to half that of diamond. This has proven to increase tool life by almost ten times. Nano plans to continue research and development into these techniques due to the vast application range for this type of nanotechnology

We believe that Nano is a company on the move. With today�s steady move towards miniaturization we feel that Nano is a company with the right product at the right time. It is our opinion that an investment in Nano will produce great returns for our readers.

Online Stock trading, in the New York Stock Exchange, and Toronto Stock Exchange, or any other stock market requires many hours of stock research. Always consult a stock broker for stock prices of penny stocks, and always seek proper free stock advice, as well as read a stock chart. This is not encouragement to buy stock, but merely a possible hot stock pick. Get a live stock market quote, before making a stock investment or participating in the stock market game or buying or selling a stock option.

 
At 1:49 PM, Blogger louishunor07645047 said...

I read over your blog, and i found it inquisitive, you may find My Blog interesting. So please Click Here To Read My Blog

http://pennystockinvestment.blogspot.com

 

Post a Comment

<< Home