Tuesday, November 16, 2004

Pierre Delion - Thérapeutiques Institutionnelles


Therapeutiques Institutionnelles

[1]« Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît...[1] » François Tosquelles

« N’avons-nous pas le devoir de rendre « habitables » ces lieux désertiques dans lesquels se sont égarés, souvent à jamais, ceux que nous nommons psychotiques ? [2] »
Jean Oury

« Un des principes fondamentaux de la Psychothérapie Institutionnelle, et cela ne surprendra personne puisqu’il s’agit de psychothérapie, pourrait être qu’elle est une entreprise de dévoilement méthodique de la vérité. [3] » Roger Gentis et Horace Torrubia

Les thérapeutiques institutionnelles appartiennent désormais à l’histoire de la psychiatrie et, leur importance dans les pratiques et les théorisations psychiatriques contemporaines n’est plus à prouver. Partant de la nécessaire critique radicale de l’asile, dominant jusqu’à la deuxième guerre mondiale, les thérapeutiques institutionnelles ont ensuite montré leur fécondité dans la transformation de la psychiatrie. Aujourd’hui, les thérapeutiques institutionnelles démontrent, plus que jamais, le visage humain que la psychiatrie doit préserver en insistant sur les pratiques concrètes qui mettent le sujet, bien qu’il soit malade mental, au centre de sa « guérison ».
Les enjeux qui se font jour autour des thérapeutiques institutionnelles sont le résultat de simplifications qui ont beaucoup pesé sur sa crédibilité ; en effet, le fait que ces thérapeutiques soient qualifiées d’institutionnelles les a fait passer pour liées aux établissements qui en ont dans un premier temps hébergé les développements. Suivant cette observation au pied de la lettre, il devenait simple de conclure que la psychiatrie s’orientant vers des solutions extérieures à l’établissement, sous-entendu hospitalier, les thérapeutiques qui avaient fleuri dans les institutions, et en avaient certes permis une relative transformation, devenaient caduques dès lors que celles-ci quittaient les dites institutions. C’était faire trop peu de cas de la différence importante introduite par Tosquelles entre « établissement » et « institution ». Nous verrons que, si les deux sont nécessaires, ils ne sont pas superposables l’un à l’autre. Si nous confondons les plans, alors les thérapeutiques qui pourraient sortir de l’établissement pour soigner les patients dans la cité au plus près de leur vie quotidienne, ce que la psychiatrie de secteur a réalisé, ne pourraient plus être institutionnelles ; tandis que si nous attribuons à l’institution d’une thérapeutique entre un patient et ses soignants les qualités qui sont utiles à sa continuité, alors la thérapeutique institutionnelle devient le dispositif de soin nécessaire à un patient quelles que soient les modalités qui seront nécessaires à sa réalisation tout au long du traitement de ce patient-là. A un moment crucial de la psychiatrie au cours duquel la politique de soin semble guidée essentiellement par des considérations économiques, cette distinction revêt la plus grande importance puisqu’il s’agit de pouvoir continuer à travailler avec les patients tout le temps qui sera nécessaire à leur soutien psychique ; et dans ces conditions, la logique des soins ne peut se résoudre à une simple équation dans laquelle l’urgence est le seul moment relevant du sanitaire, tandis que le « reste » du temps, celui de la chronicité, relèverait du social ou du médico-social. La maladie mentale, dans sa dimension de chronicité, soumet le patient à une urgence quotidienne. Les thérapeutiques institutionnelles contribuent, par leurs réflexions à ce sujet, à organiser les soins de telle manière que le patient puisse compter sur nous dans la durée, sans pour autant prétendre à être les seuls capables de le faire ; bien au contraire, les articulations nombreuses avec tous les partenaires du patient, chacun avec sa spécificité, sont une des avancées que les thérapeutiques institutionnelles ont théorisées et permises. Enfin, sur le plan sémantique, il est maintenant admis que le mouvement de Psychothérapie Institutionnelle est un des principaux courants, et qu’avec les autres lectures réalisées autour de la féconde articulation « psychothérapie » et « institution », ils constituent ensemble « les Thérapeutiques Institutionnelles ». Aujourd’hui, l’enjeu de cet « ensemble » est considérable.

L'intégralité du texte :http://www.acpsy.com/Therapeutiques-Institutionnelles.html

Il s'agit là d'un texte "essentiel", Pierre Delion à été responsable de la collection l'ouverture psychiatrique il a participé à l'édition du séminaire d'Oury,
Le Collectif - Ed. Du scarabée - Paris 1986

Le séminaire de 1984-85 développe le thème du " Collectif ". Par son caractère de " machine abstraite ", " d’opérateur ", sa fonction essentielle est diacritique : création permanente d’une distinctivité dans un ensemble, élaboration de la loi, cheminement du sens dans le respect de la singularité de chaque participant. Il s’agit donc d’une mise en équation des différents éléments d’une praxis : le désir, le transfert, l’interprétation, etc., dans une dimension éthique toujours menacée par les pressions aliénantes du milieu social. D’où la nécessité d’une analyse permanente des conditions de travail, corrélative d’un élaboration théorique des structures psychotiques
http://perso.wanadoo.fr/cliniquedelaborde/ASLB/ARCHIVES/TEXTES/OURYbibliog.html